Indro Montanelli

4 mai 2004 – Pierre

Cet Exposé sur Indro Montanelli a comporté deux parties, la première qui retrace à grands traits sa biographie, si riche d’évènements, la deuxième, abrégée, consacrée à ceux de ses livres qui relatent l’histoire de l’Italie.

INDRO MONTANELLI : BIOGRAPHIE

  • 22 avril 1909 : naissance à Fucecchio (petite ville de Toscane ; située entre Pise et Florence). Son père, Sestilio, est principal de lycée. Il est transféré, d’abord à Lucca, puis à Nuoro (Sardaigne), et ensuite à Rieti, (Latium) dont Indro fréquente le lycée.
    Il est bon en italien, en grec, en latin, surtout en histoire.
  • Études Faculté de Droit de Florence; diplômes de Droit et de Sciences Politiques. Son père voulait en faire un diplomate, mais il préférait le journalisme. Nous sommes en pleine période fasciste.
  • Service militaire : 7 mois à Palerme, devient sous-lieutenant.
  • L’obtention d’une bourse lui permet de se rendre 6 mois à Grenoble, afin d’apprendre le français.
  • En 1933/34 : Rentré en Italie, il collabore à de petites revues indépendantes comme “l’Universale”, de Berto Ricci Il est impressionné par les positions de Suckert Malaparte.
    Reçu par Mussolini en même temps qu’une vingtaine de jeunes journalistes. Rapide échange de vues sur le racisme et l’anarchisme.
  • Début 1934 : Envoyé à Paris pour un journal franco-italien, il s’inscrit à la Sorbonne, puis se fait remarquer par “Paris-Soir” pour qui il devient chroniqueur de faits divers Paris-Soir l’envoie par la suite en Norvège, puis au Canada.
    L’agence de presse américaine United Press s’attache ses services et il se rend à New-York où il a l’occasion d’interviewer Henry Ford.
    A United Press on avait pour devise d’écrire afin d’être compris jusque par le laitier de l’Ohio. Il suit un cours du soir de journalisme, où l’on était jugé par un panel de lecteurs ordinaires.
  • mars 1935 : L’Italie de Mussolini prépare la guerre avec l’Ethiopie. United Press ne veut pas l’y envoyer comme correspondant, et il rentre en Europe. Après un passage à Londres, où il croise Churchill, il arrive à Gênes et s’engage pour l’Ethiopie Il y commande des troupes indigènes et met la main à des romans et essais. Il est écœuré par la course aux postes et aux distinctions que se livrent officiers et dignitaires fascistes
    Il rédige son journal personnel, qu’il envoie à son père. Un ami de ce dernier le fait publier sous le nom de “XX ° Battaglione eritreo”. Bien que que dénué de tout éloge pour le régime, ce livre est bien accueilli par la critique du Corriere della Sera et le fait connaître dans les milieux éditoriaux.
  • Printemps 37 : Retour d’Ethiopie. Il entre à la rédaction de l’hebdomadaire “Omnibus”, journal indépendant non soumis au Régime fasciste.
  • Fin juin 1937 : Envoyé en Espagne durant la guerre civile comme correspondant du “Messagero”. Parmi les correspondants étrangers, il rencontre Philby, espion soviétique qui sera démasqué plus tard, et Hemingway. Ses reportages objectifs et bien loin de la propagande italienne officielle, lui valent d’être convoqué à Rome par le chef de la police. Son avenir en Italie est compromis.
  • Septembre 37 : On lui affecte le poste d’Attaché Culturel et professeur d’italien en Estonie. Il en profite pour voyager (Copenhague; Helsinki, Leningrad, Pologne, Suède) et rencontrer des personnages de toutes sortes (les barons baltes, Karten Blixen, Mannerheim, Quisling).
  • Août 1938 : De retour en Italie en passant par Athènes, où il est invité par Moravia
  • Octobre 1938 : le “Corriere della Sera” lui propose une collaboration hors politique, et l’envoie en Albanie, où se trouve son père, alors conseiller pour l’Instruction Publique. Il assiste à des effets de propagande lors du passage de Ciano. Avant de rentrer il suit une caravane de gitans qui se rend à Salonique
  • en juillet 1939 : Il est envoyé par le Corriere en Allemagne comme suivant d’une équipe de jeunes cyclistes fascistes. Il se trouve à Berlin lors de la signature du Pacte germano-soviétique, et de la déclaration de guerre. Il tente de suivre en Pologne les champs de bataille, mais celle-ci se déroule trop vite pour lui. Ses reportages, le plus souvent passés sous silence, exaltent l’héroïque résistance polonaise
    Dans ses déplacement en voiture derrière l’armée allemande, un hasard lui fait croiser le convoi d’Adolf Hitler qui, averti de la présence d’un journaliste italien, lui adresse une harangue de propagande.
  • Octobre 39 : pressentant de nouveaux événements il embarque sur un bateau qui va en Prusse Orientale, d’où il se rend en Lituanie, à temps pour être témoin de l’ultimatum soviétique. La même chose se passe quand il arrive en Estonie; Il pense que ce sera bientôt le tour de la Finlande et en prend le chemin sans tarder. Il deviendra ainsi le premier correspondant étranger de la guerre finno-soviétique.
  • de fin 39 à mars 40 : Ses reportages qui exaltent l’héroïque résistance finlandaise sont bien vus du public italien, mais mal vus du Régime qui s’est mis à la remorque de l’Allemagne, devenue alliée provisoire de l’Union Soviétique. A la fin de la guerre, il va passer quelque temps à Stockholm.
  • en avril 1940 : en déplacement à Oslo en fin de semaine afin de visiter le musée du ski, il y est surpris par l’invasion allemande. Mais les allemands se méfient de lui. Pour éviter de rester bloqué en Norvège, il retourne clandestinement en Suède, où il apprend la nouvelle du débarquement anglo-français à Narvik. En compagnie d’un correspondant américain, il gagne la Laponie suédoise, et de là la Norvège où ils atteignent péniblement le Corps Expéditionnaire, qui se trouve dans le plus complet désordre, et doit bientôt rembarquer. Invité à les accompagner, il préfère rejoindre son pays, en passant par la Suède.
  • Juin 1940 : l’Italie entre en guerre. Envoyé sur le front italo-français, de brève durée, surpris par l’armistice. Il refuse de se rendre à Paris, ville qu’il apprécie trop pour la voir dans la défaite.
  • automne 41 : Le Corriere l’envoie dans les Balkans, malgré Malaparte qui voulait cette mission Il en visite toutes les capitales, et il est témoin de l’invasion de la Roumanie par la Russie qui s’empare de la Bessarabie après de terribles massacres.
    De retour à Rome, il est averti que quelque chose se prépare en Albanie, où va se déclarer la guerre italo-grecque.
    Ce devait être une guerre éclair. En fait, il est témoin du manque de préparation des italiens, qui risquent la défaite. L’Allemagne vient à leur secours en envahissant la Yougoslavie.
    Montanelli à la recherche d’un reportage court au Monténégro, où il précède dans la capitale les troupes italiennes, et des événements rocambolesques l’amènent à proclamer l’indépendance !
  • en 1941 : Il passe quelques mois en Finlande, qui est entrée en guerre avec l’Allemagne contre la Russie, puis il est envoyé par le Corriere en Croatie où il est fait prisonnier par des partisans, qui heureusement sont ceux de Mihajlovic; ils le relâchent.
  • 24 nov. 1942 : Il épouse à Milan Maggie De Colins de Tarsienne, de nationalité autrichienne, qu’il connaissait depuis plusieurs années.
    Durant cette période il ne veut plus faire de reportages et il vit à Milan en tenant la rubrique culturelle du Corriere, Il fait partie du groupe informel qui se retrouve au Palazzo Reale, où la Reine Marie José est placée sous surveillance.
  • 26 Juillet 43 : C’est l’armistice, mais les allemands envahissent l’Italie; ils le recherchent et fouillent le siège du Corriere. Il vit plusieurs mois dans la clandestinité à Milan même, Il cherche à joindre un groupe de de résistants du Parti d’Action en formation dans le Val d’Ossola.
  • 5 février 1944 : Capturé par les allemands au lac d’Orta, il est emmené à la prison de Milan. Sa femme y est elle aussi emprisonnée
  • 20 février 44 : Il est condamné à mort, mais la sentence ne sera pas exécutée. L’internement dure plusieurs mois. Parmi les autres prisonniers, Mike Bongiorno. Sa femme Maggie est condamnée à 30 ans de prison.
  • fin sept. 44 : Plusieurs personnes sont intervenues en sa faveur (Mannerheim ? le Cardinal Schuster sollicité par sa mère ?) Un faux ordre de transfert lui permet de s’évader. Il passe en Suisse.
  • 27 Avril 1945 : De retour à Milan, il assiste à la scène macabre de Piazza Loreto avec les cadavres de Mussolini et de la Petacci.sa maîtresse.
  • année 1946 : À Milan il rencontre le Comité d’Épuration qui siège au Corriere et met sous accusation toute la rédaction, y compris Dino Buzzati. Il est absous.
    Envoyé comme correspondant au procès de Nuremberg, il y désapprouve l’absence d’un juge allemand.
  • Les années de 1946 à 1973 : le voient journaliste de premier plan au Corriere. Il collabore aussi à d’autres journaux (“Il Borghese”, “L’Europeo”).
    Rossellini met en scène son roman “Il Generale Della Rovere”, avec Vittorio de Sica et lui-même met en scène en 1960 son film “I sogni muiono all’alba’, avec Lea Massari.
    Il fait des voyages lointains (Japon, Indes, Amérique du Nord et du Sud) et proches, y réalise des interviews de personnages célèbres (Churchill, Franco, Salazar, Nasser, De Gaulle, Golda Meir, Evita Peron, Truman, etc.) Deux grands personnages qu’il n’a pas pu interviewer, à son grand regret, étaient Mao et Staline.
  • Dans les milieux de l’édition, sa rivalité avec Malaparte persiste, et l’on parle même d’un duel. Il continue de prendre des positions à contre-courant. En particulier, sa campagne de 1968 pour la défense de Venise lui vaut beaucoup d’inimitiés et des poursuites en justice.
    Célèbre aussi, son reportage de 1949 sur Salvatore Giuliano. Un autre sur l’Eni et Mattei en 1962.
  • Mais la chance continue de le favoriser en le plaçant au premier rang de grands événements
    • en oct. 1956 Il est invité en Autriche pour un séjour de chasse, quand le surprend la nouvelle du soulèvement de Budapest. Il s’introduit en Hongrie, et peut rendre compte de l’action héroïque des ouvriers hongrois contre les chars soviétiques. Mais Nagy doit s’incliner.
    • en nov. 1956 il va en Pologne, où Gomulka résiste aux Russes avec plus de succès
    • en 1957 Parution de son premier livre d’histoire, la “Storia di Roma”, auquel fera suite au fil des ans toute l’histoire d’Italie.
      Cet engagement ne lui permet plus de voyager aussi loin et fréquemment.
  • La période de 1965 à 1978 est aussi celle des années de plomb, et de la progression en Italie du parti communiste. Avec les sanglants attentats de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche, une grande confusion s’empare des esprits. Montanelli, toujours anticonformiste, est critiqué par ce qu’il appelle l’intellighenzia, et au Corriere il est mis à l’écart (la même chose arrive à Dino Buzzati). C’est le temps des Brigades Rouges.
  • le 18 oct. 1973 : Il donne sa démission du Corriere. Agnelli lui propose d’entrer à la “Stampa”, mais il ne s’y plaît pas.
  • 18 juin 1974 : il crée son propre journal “Il Giornale”, laïque et libéral, de centre-droit
    C’est le début de sa collaboration à “Oggi”
  • le 6 sept. 1974 : Il épouse Colette Rosselli, collaboratrice de “Grazia” sous le nom de “Donna Letizia”, qu’il connaissait depuis longtemps
  • en 1976 : Les critiques violentes se multiplient et des manifestations se déroulent contre son journal. En juin, ce sont les élections législatives; le parti communiste pourrait devenir le premier parti avant la Démocratie Chrétienne, réalisant le “sorpasso”. Avec son fameux “Turatevi il naso” (bouchez-vous le nez) il conseille de voter D.C. malgré sa réprobation pour ce parti.
  • le 2 juin 1977 : Alors qu’il se rend à pied à son journal, il est “gambizzato” à Milan par les Brigades Rouges. Cet attentat est accueilli avec indignation par les uns, indifférence par les autres.
  • début 1978 : Malgré de bonnes campagnes (souscription en faveur des sinistrés du Frioul en juin 77, défense de Leone en 78, de Calabresi), le “Giornale” réalise de lourdes pertes. Berlusconi en prend le contrôle financier, promettant à Montanelli de ne pas intervenir dans la rédaction.
  • 16 mars 1978 : Aldo Moro est enlevé par les Brigades Rouges, après l’assassinat de ses gardes du corps. Devant les exigences des ravisseurs, Montanelli défend la fermeté, contrairement à son ami Sciascia. Le cadavre d’Aldo Moro est retrouvé le 9 mai
  • Jusqu’en 1993 : Berlusconi est fidèle à sa promesse de non intervention. De grands changements surviennent : chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, et écroulement des régimes communistes. En Italie, scission et remplacement du parti communiste par le P.D.S. En février 91 le Congrès de la Ligue du Nord consacre la création de ce nouveau parti que repousse le toscan Montanelli . La même année Montanelli décline l’offre de sénateur à vie que lui fait le Président Cossiga. En décembre 1992, la mise en accusation de Craxi confirme le départ de l’opération “Mani Pulite” qui va signifier la disparition de la D.C. et du Parti Socialiste. C’est le champ libre pour de nouveaux partis.
  • fin 1993 : Le “Giornale” ne rejoint toujours pas l’équilibre financier. La situation politique entièrement neuve survenue en Italie, en le privant d’adversaires, lui devient défavorable.
  • début 1994 : Berlusconi avertit Montanelli qu’il va transformer en parti ses clubs “Forza Italia” et utiliser son journal pour sa politique. Montanelli donne sa démission, mais pressentant cette manoeuvre, il avait lui-même un nouveau projet de journal.
  • 22 mars 1994 : Premier Numéro de “La Voce”. Montanelli a 85 ans ! Vives polémiques avec Berlusconi. Aux élections, Montanelli désigne Berlusconi comme un mal contre lequel il faut vacciner les italiens, et confirme qu’il votera Ulivo (centre-gauche), malgré les divisions de cette coalition
  • 27 avril 95 : Dernier numéro de “La Voce”. Montanelli reconnaît qu’il n’est pas un dirigeant manager, mais un journaliste, seul et indépendant.
  • jusqu’en 2001 : Montanelli continue de répondre aux lettres des lecteurs de “Oggi” et du “Corriere”, les fameuses “Stanze”.
  • 22 juillet 2001 : Montanelli meurt à 92 ans. L’épitaphe qu’il s’est composée, paraît dans tous les journaux. Un prix du journalisme et un musée dans sa ville natale portent son nom, mais c’est peut-être à travers sa collection de livres destinés à “divulguer “, à faire connaître son histoire à l’italien moyen, qu’il sera le mieux connu de la postérité.

MONTANELLI : L’HISTOIRE D’ITALIE

1) Le tableau ci-dessous énumère tous les livres d’histoire écrits par Montanelli.

TitreAuteursPériodepages1° édition
Storia dei GreciMontanellidu 20° siècle à 148 a.C.34059
Storia di RomaMontanellide la Fondation à 68 apr.JC38857
Dante e il suo secoloMontanellide 1265 à 132250764
L’Italia dei secoli buiMontanelli Gervasode 250 à 100036665
L’Italia dei ComuniMontanelli Gervasode 1000 à 125041166
L’Italia dei secoli d’oroMontanelli Gervasode 1250 à 149230067
L’Italia della controriformaMontanelli Gervasode 1492 à 160056268
L’Italia del SeicentoMontanelli Gervasode 1600 à 170048669
L’Italia del SettecentoMontanelli Gervasode 1700 à 178967970
L’Italia giacobina e carbonariaMontanellide 1790 à 183167171
L’Italia del RisorgimentoMontanellide 1831 à 186168472
L’Italia dei NotabiliMontanellide 1861 à 190043173
L’Italia di GiolittiMontanellide 1900 à 192034874
L’Italia in camicia neraMontanellide 1919 à 192528276
L’Italia LittoriaMontanelli Cervide1925 à 193626379
L’Italia dell’ AsseMontanelli Cervide 1936 à 194044980
L’Italia della disfattaMontanelli Cervide 1940 à 194333082
L’Italia della Guerra CivileMontanelli Cervide 1943 à 194639083
L’Italia della RepubblicaMontanelli Cervide 1946 à 194825485
L’Italia del miracoloMontanelli Cervide 1948 à 195430787
L’Italia dei due GiovanniMontanelli Cervide 1955 à 196521389
L’Italia degli anni di piomboMontanelli Cervide1965 à 197824091
L’Italia degli anni di fangoMontanelli Cervide1978 à 199338393
L’Italia di BerlusconiMontanelli Cervide 1993 à 199531995
L’Italia dell’ UlivoMontanelli Cervide 1995 à 199725497

2) Tout a commencé en 1954 avec la Storia di Roma, écrite sur le conseil de Dino Buzzati, son collègue au Corriere. Il ne s’agissait pas d’un livre mais d’articles publiés toutes les semaines par la Domenica del Corrierre, comme un récit publié en feuilletons. Vers 1957 on lui conseilla de faire paraître la Storia d’Italia en volumes.

L’accueil obtenu encouragea Montanelli à écrire la “Storia dei Greci”, parue en 1959. Mais c’est surtout le grand succès de lecture rencontré par “Dante e il suo secolo” qui le décida à mettre en œuvre l’Histoire de l’Italie.

Comme on peut le voir sur le tableau, il commença seul, puis se fit aider par un jeune collègue, Gervaso. Par la suite ce dernier ayant entrepris une carrière personnelle, Montanelli écrivit seul quelques volumes, et finalement s’assura l’assistance d’un deuxième collègue, Cervi.

En principe les livres devaient paraître chaque année, pour Noël. Ce rythme n’a pas pu toujours être entièrement suivi, et à la fin l’histoire d’Italie paraissait tous les deux ans, jusqu’à l’âge de 88 ans pour Montanelli, et la période la plus contemporaine.

3) Montanelli n’a jamais prétendu être un historien au sens académique du terme ; il s’appelait lui-même un “divulgateur” de l’histoire d’Italie, loin de l’académisme officiel, avec pour but de faire connaître son histoire à l’italien moyen, qui jusqu’alors n’avait vu que les livres parus sous le fascisme.

Comme il dit dans son “Avvertenza” de “l’Italia dei secoli bui” : (L’Italie des siècles obscurs)

“L’ambizione che ci pungola non è quella di svolgere delle teorie nuove e originali, ma quella di fornire al grande pubblico, che ne ha tanto bisogno, une strumento d’informazione facile, chiaro, e possibilmente piacevole. Se riusciremo a appassionare qualche migliaio d’italiani alla storia d’Italia illuminando ai suoi occhi ciò che finora gli era rimasto oscuro, avremo reso un immenso servigio a quella cultura media che la cultura ufficiale e universitaria ha colpevolmente trascurato e disprezzato. Il lettore ci dirà se abbiamo colpito il bersaglio”.

Traduction : “Notre ambition n’est pas de développer des théories neuves ou originales, mais celle de fournir au grand public, qui en a tant besoin, un instrument d’information facile, clair, et si possible agréable. Si nous réussissons à passionner quelques milliers d’italiens pour l’histoire d’Italie, en illuminant pour lui ce qui jusqu’à présent était demeuré obscur à ses yeux, nous aurons rendu un service immense à la culture moyenne, que la culture officielle et universitaire a négligé et déprécié à tort. Le lecteur nous dira si nous avons atteint notre but”.

4) Pour atteindre ce but Montanelli emploie différents outils :

  • la présentation elle-même de ses écrits est rendue la plus agréable possible : police de caractères à empattement, très lisible, usage de caractères gros, quelle que soit l’édition dans laquelle se fait l’impression – et il y eût un nombre considérable de rééditions,
  • le découpage en périodes clairement indiquées pour chacun des volumes, chaque volume étant lui-même réparti en chapitres courts (rarement supérieurs à 20 pages), cohérents, centrés sur un sujet ou un thème bien définis

Voici par exemple quelques titres de chapitres de “l’Italia dei Comuni”

  • la riforma della Chiesa
  • i Normanni
  • Amalfi, Pisa, Genova
  • Bernardo di fronte a Abelardo
  • l’avventura del volgare (le volgare est l’italien vulgaire, à l’origine de la langue italienne d’aujourd’hui)

Autres initiatives destinées à faciliter la compréhension ou la recherche :

  • la cartographie et la présence de nombreuses illustrations, chaque chapitre étant lui-même précédé d’une image, souvent l’effigie du personnage titre du chapitre
  • la présence dans chaque volume d’un index des noms cités, d’une liste chronologique des événements, et souvent d’une bibliographie
  • de nombreuses citations, mais toujours très courtes.

5) Tous les volumes peuvent être lus séparément, l’auteur précisant, chaque fois que nécessaire, les liens avec les événements du volume précédent. Chaque volume couvre une période, vaste pour les premiers volumes, puis s’abrégeant au fur et à mesure qu’interviennent de plus nombreux personnages, ou que l’histoire devient inter-européenne, voire planétaire.

6) Il existe deux traits essentiels qui caractérisent fortement l’histoire vue par Montanelli :

  • sans aller jusqu’à une étude sociologique complète, Montanelli sait nous dire la vie quotidienne des gens, en paroles simples et qui font appel aux termes et au contexte de notre époque. Un exemple est ce qu’il dit dans son “Avvvertenza” de “Dante e il suo secolo”

“A corte come siamo d’informazioni dirette, ho cercato di derivare tutto questo da un affresco del suo tempo. Questo affresco – si dirà – risente il gusto e lo stile del giornalista. E spero che sia vero. Esso mi ha suggerito, per esempio, di soffermarmi sulla moda al tempo di Dante, sulla dieta, sui giuochi, sugli sport, sugli arredamenti delle case, e perfino sui bagni e sui gabinetti di decenza. Non ho mai capito il disprezzo e la negligenza di questi particolari che alligna tanti insegni studiosi di Dante”.

Traduction :”Etant à court d’informations directes sur Dante, j’ai cherché à dresser la fresque de son temps. On dira que cette fresque reflète les goûts et le style du journaliste. Et j’espère bien que c’est le cas. C’est ce qui m’a suggéré par exemple de m’attarder sur la mode au temps de Dante, sur la nourriture, les jeux, les sports, l’ameublement des intérieurs, et même sur les bains et les toilettes. Je n’ai pas compris le dédain et la négligence pour ces détails qu’ont montré tant de distingués spécialistes de Dante”.

  • son histoire est essentiellement l’histoire racontée de grands personnages, de protagonistes comme il dit, contrairement à l’histoire officielle.

“La nostra storiografia academica annovera opere magistrali, che di solito presuppongono la conoscenza dei fatti, e trascurano i personaggi perché ritengono che i veri protagonisti della Storia non siano essi, ma le idee.
Noi riteniamo il contrario: cioé che i fatti vadano raccontati, perché nessuno è obbligato a saperli o a ricordarli, e che i loro protagonisti siano sopratutto gli uomini, i loro caratteri, le loro passioni, i loro interessi.”.

Traduction : “Notre historiographie académique produit des œuvres magistrales, qui d’habitude présupposent la connaissance des faits, et négligent les personnages, retenant que les véritables protagonistes de l’histoire ne sont pas ceux-ci, mais les idées.
Nous prétendons le contraire, c’est-à-dire que les protagonistes sont avant tout les hommes, leurs caractères, leurs passions, leurs intérêts
”.

Ces protagonistes sont les grands personnages qui ont marqué, non seulement l’histoire des états, mais aussi toute la culture de leur époque, arts, littérature, musique.
Jusqu’à “l’Italia dei Notabili”, il dédie à chacun un chapitre entier. Par exemple, pour citer parmi les derniers : Foscolo, Leopardi, Manzoni, Rossini, “L’esule di Londra” (Mazzini), “L’eroe dei due mondi” (Garibaldi), Cavour, Verdi, etc…
A partir de “l’Italia dei Notabili”, et bien qu’il ait commencé à écrire quelques chapitres culturels, dépassé comme il dit par l’avalanche des événements, il doit renoncer au domaine culturel pour s’en tenir à un cadre strictement politique, social, et économique.

7) Enfin en complément de l’ouverture vers le lecteur moyen, il y a le style de Montanelli, direct, clair, et concis, par légers paragraphes, où la “battuta”, le mot pour rire, ne manque jamais, et où l’on sent bien sûr l’empreinte du journaliste et du grand conteur qu’il fût. Il faudrait des récits ou des chapitres entiers pour servir d’exemple. Citons quelques débuts de chapitres :

Extrait de “l’Italia dei Secoli d’oro”, début du chapitre xiv, “Lo scisma e il concilio” :

“Appena riavuto il Papato, i romani si affretarono a mostrarsene indegni. Assediarono il Laterano dove si teneva il Conclave per l’elezione del successore di Gregorio, e mininacciarono di morte i Cardinali ne non sceglivano un romano, o almeno un italiano. I Cardinali erano sedici, di cui dodici stranieri, in maggioranza francesi. Si affrettarono a eleggere l’Arcivescovo di Bari, Bartolomeo Prognazzo, e fuggirono atterriti rimpiangendo i bei tempi di Avignone”.

Traduction ; “A peine eurent-ils retrouvé la Papauté, les Romains ne tardèrent pas à s’en monter indignes. Ils assiégèrent le Latran, où se tenait le Conclave pour l’élection du successeur de Grégoire, et menacèrent de mort les Cardinaux s’ils ne choisissaient pas un romain, ou au moins un italien. Les Cardinaux, au nombre de seize, dont douze étrangers, surtout français, élirent à la hâte l’Archevêque de Bari, Bartolomeo Prognazzo, et s’enfuirent épouvantés en regrettant leur bon temps d’Avignon”.

Extrait de “l’Italia del Risorgimento”, début du 42e chapitre “Verdi” :

“Molto si stupiranno che un perio cosi intenso di avvenimenti e di passioni come il trentennio risorgimentale sia stato, nel campo della letteratura e dell’arte, piuttosto sterile… Uno solo grandeggiò, nella musica. ma vi grandeggiò appunto perché col Risorgimento s’identificò, dandogli i suoi slanci, i suoi ritmi, i suoi inni, i suoi cori. Giuseppe Verdi era un compositore di razza, che in qualsiasi epoca e Paese avrebbe svettato. Ma non c’é dubbio che al suo immenso successo molto contribuì la sua capacità d’interpretare come nessuno i sentimenti e gli entusiasmi del tempo. Era la musica di Verdi che scaldando gli animi degli spettatori trasformava gli spettatori della Scala e della Fenice in manifestazioni di patriottismo. Ed era cantando Verdi che i volontari si avviavano ai campi di battaglia. A tal punto il Risorgimento s’identifica in lui da sembrare un suo melodramma, irlante di trombe e rullante di tamburi. Ma questo non sminuisce la grandezz dell’artista. La caratterizza soltanto.

Traduction : Beaucoup seront surpris qu’une époque aussi riche d’évènements et de passions que les trente années du Risorgimento aient été, en littérature ou dans le domaine artistique, plutôt stériles. Il n’y eût qu’il seul grand , dans la musique, mais il y fut grand justement parce qu’il s’identifia au Risorgimento, en lui donnant ses élans, ses rythmes, ses hymnes, ses choeurs. Joseph Verdi était un compositeur de race, qui se serait détaché à n’importe quelle époque et dans n’importe quel pays. Mais on ne peut douter qu’à son immense succès, a beaucoup contribué sa capacité d’interpréter comme personne d’autre les sentiments et enthousiasmes de son temps. C’est la musique de Verdi qui en enflammant l’âme des spectateurs, transformait les spectacles de la Scala et de la Fenice en manifestations de patriotisme. Et c’est en chantant Verdi que les volontaires partaient aux champs de bataille. Le Risorgimento s’identifie avec lui à un point tel qu’il semble être son mélodrame, dans un hurlement de trombe et un roulement de tambour. Mais cela ne diminue pas la grandeur de l’artiste. Cela la caractérise seulement.

8) Bien entendu, cette manière de raconter l’histoire ne pouvait que lui attirer des critiques, certaines très acerbes, d’autres plus modérées comme celle d’Umberto Eco qui souhaitait que son histoire soit un peu moins anecdotique.

A toutes ces critiques Montanelli ne répondait qu’en rappelant la modestie intellectuelle de ses buts, largement compensée par l’ambition de divulgation qui lui avait apporté des millions de lecteurs.

Il ajoutait qu’il s’était inspiré des historiens anglo-saxons, tels Lord Acton, Edward Carr, Denis Mack Smith, etc…
Ses sources pour l’histoire romaine ou du Moyen-Age étaient des allemands et autrichiens du siècle précédent, souvent peu connus en Italie, tels Ludwig Von Pastor, Gregorovius, Theodor Mommsen.
De français il a utilisé pour l’histoire romaine ses lectures de Carcopino. Il appréciait les mémorialistes français et ne dédaignait pas Saint-Simon. Il aimait Sainte-Beuve et Chateaubriand.

Ce ne sont là que quelques exemples de ses auteurs et historiens source, qu’il pouvait lire dans la langue d’origine. Il lui arrivait d’ailleurs fréquemment d’employer dans ses livres des expressions étrangères s’il pensait qu’elles convenaient mieux et sont du domaine courant.

Et on peut sans doute voir dans son approche européenne et multiculturelle un atout supplémentaire à ceux déjà cités, et qui lui a permis de voir l’histoire de son pays, et parallèlement l’histoire de l’Europe, d’une manière jamais vue avant lui; en tous cas son Histoire de l’Italie demeure moderne et peut être lue encore maintenant par tous, avec toujours autant d’intérêt.

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